Au ministères, au conseil de l’ordre, aux comités d’éthique, aux collèges médicaux, aux associations…

Ceci n’est qu’un témoignage parmi tant d’autres me direz vous, en quoi ma souffrance, ma colère est elle plus légitime à prendre en compte que celle de milliers de femmes dans ce pays? Aucun légitimité, je ne suis qu’une patiente parmi tant d’autres, je ne suis qu’une femme parmi tant d’autres, je ne suis qu’un parcours parmi tant d’autres, je ne suis qu’un dossier parmi tant d’autres. Et c’est bien là que le bas blesse…
Ce qui m’a frappé dans ce parcours, ce process, est en premier lieu le manque d’humanité, de bienveillance, d’attention et d’écoute. Ce parcours médical sur le papier, est si beau puisqu’il vise in fine à donner la vie, à concevoir un petit être. Il n’en est que plus décevant lorsque la réalité nous saute à la figure.
Je ne parle ici que de mon cas, de mon expérience et bien sur de la vision que j’en ai eu; celle ci aurait sans doute été différente dans un autre centre, avec d’autres médecins ou si mon passé personnel avait été différent également. Toutes ces impressions décrites ci après seront donc subjectives et n’engagent que moi. Il est cependant important que les autorités, les comités et les personnes dirigeantes prennent au sérieux nos témoignages et s’engagent à changer les choses.
Ce parcours est pour moi le parfait miroir d’une société patriarcale, où les décisions importantes sont faites par les hommes, parfois pour des situations qu’ils ne peuvent pas comprendre, du fait de leur statut biologique de mâles! Le milieu médical est toujours dans la majorité masculin, et même si on assiste depuis plusieurs années à une augmentation de la représentation féminine dans le cursus, les postes de pouvoir sont pour la plupart purement masculins. Ces personnes qui décident comment le parcours PMA sera effectué n’ont jamais été confronté à celui ci. Je vous assure que si ce parcours avait été pensé par des femmes ayant vécu personnellement les souffrances physiques et émotionnelles de ce process, il serait tout autre! Il est grand temps de faire intervenir dans les collèges décisionnels des femmes, des patientes, des mamans désœuvrées, d’écouter leur témoignages, de prendre réellement en considération leurs souffrances, leurs remarques et d’agir en conséquence! Pourquoi ne nous écoutez vous pas? Pourquoi ne pas travailler main dans la main pour améliorer ce parcours? Pourquoi vous pensez vous supérieurs à nous dans les décisions concernant NOS corps? Le travail mutuel, dans le respect et l’écoute est à mon sens le premier pas à faire, ne pensez pas que nous ne sommes que des cobayes, que des choses à qui on applique un protocole standardisé. Nous comprenons, nous expérimentons dans notre corps et dans nos cœurs, nous nous renseignons, nous voulons apprendre et le plus souvent nous en savons largement autant que vous après quelques années à errer dans ce brouillard qu’est la PMA.
Alors organisons un colloque? Professeurs de médecine, comité d’éthique, sages femmes, échographes, patientes présentant différents parcours PMA (succès, échec, souffrance etc), associations nationales. Cela permettrait de remettre du lien entre tous ces acteurs, lien qui tend à s’effilocher lentement mais surement. Pour plus d’humanité, il faut plus de considérations, accepter que chacun, à son niveau, peut amener quelque chose de constructif, de positif pour faire avancer cette machine vers de meilleurs résultats, de meilleures prises en soins.
Car oui je pense réellement que c’est ce que vous souhaitez! J’ai été de votre côté de la barrière (ancienne interne en médecine, reconvertie en infirmière, j’ai exercé 11 ans) et je me rappelle ces frustrations, cette souffrance, de ne pas avoir de temps avec mes patients, de devoir aller vite, de m’en vouloir de ne pas être restée parler avec ce messieurs qui avait l’air si triste, ou de ne pas avoir pris le temps de bien expliquer le traitement avec tout ses tenants et aboutissants à cette dame… Je sais que vous avez choisi ce métier car vous souhaitiez travailler dans l’humain! Et finalement le système de soins vous oblige à enchainer les patients, à être partout à la fois, à faire des journées de 13 heures… Ce n’est pas ce que vous voulez, j’en suis sûre! d’autant plus lorsque vous choisissez d’exercer dans un domaine si spécifique que la PMA: Vous avez choisi d’aider des femmes, des couples à avoir un enfant! Vous avez choisi de les accompagner, de les entourer, de les guider et de tout faire pour que leur petit « eux » viennent au monde! Alors pourquoi ne pas reprendre le contrôle de votre profession? Vous avez le pouvoir de faire changer les choses! Prenez le!
Nous demandons à être accompagner dans ce parcours, pas infantiliser! Nous sommes des adultes, nous avons le droit de demander et d’obtenir des explications sur ces étapes que nous traversons. J’ai pour ma part très mal vécu le fait que rien ne nous a été expliqué (mis à part le déroulé global du parcours); j’aurai souhaiter une explication franche et honnête sur les échecs possibles, sur les effets indésirables potentiels des traitement qui m’étaient prescrits. J’aurai aimé des consultations qui durent plus de 5 minutes, j’aurai aimé qu’on m’explique mes prises de sang, mes échographies, les raisons possibles d’un échec. Bref j’aurai aimé que l’on me considère comme actrice de mon parcours plutôt que comme spectatrice. Nous voulons être actrice, nous investir, donnez nous cette possibilité, ce pouvoir, votre accompagnement n’en sera que meilleur!
Vous rendez vous compte de la manière dont vous annoncer les choses aux femmes? Je peux entendre que vous vous protégez et que pour cela, vous tentez de prendre du recul sur les situations. Et c’est tout à fait entendable, ayant moi même travaillé 6 ans dans un service de soins palliatifs, il est important de se protéger, sans quoi nous sombrons avec les patients. Mais vous devez trouvé un juste milieu. Ce manque d’empathie, surtout dans ce type de parcours, est intolérable en 2026. J’ai eu l’annonce de la mort de notre unique embryon lors de la première stimulation, par téléphone à 8H20 du matin, appel qui a duré en tout et pour tout 3 minutes. On m’a annoncé par mail suite à cet échec qu’il faudrait sans doute faire appel à un don de gamète et que j’avais de la chance que le centre m’offre une deuxième chance. On m’a annoncé l’arrêt de ma grossesse et dans la minute qui a suivi on m’a demande de choisir le type d’avortement. Vous vous rendez compte?? Parleriez vous ainsi à votre sœur? Sans doute pas alors pourquoi le faites vous avec nous? Remettez en questions vos pratiques, formez vous si nécessaire ou déléguez les annonces à une personne formée mais par pitié stoppez vos manières brutales et dépourvues d’humanité.
Cette colère que je ressens contre le système Français est légitime! Ce choix de ne pas faire d’analyses sur les embryons est pour moi une aberration! Comment justifiez vous les souffrances infligées aux femmes, aux couples, suite aux arrêts de grossesse sur des embryons non viables, souffrances qui pourraient être abolies par cette fameuse analyse! Analyse qui je vous le rappelle est pratiquée chez tous nos voisins européens.
Nous ne demandons pas une sélection des embryons sur des critères phénotypiques, mais bien une analyse de la seule viabilité de ceux ci! Et c’est suffisant et nécessaire! Vous rendez vous compte de le souffrance émotionnelle de se voir annoncer un arrêt de grossesse à 2 mois, 3 mois, lorsque ce bébé existe déjà pour nous, nous l’avons senti, nous nous sommes projetées… A cette souffrance émotionnelle se rajoute celle physique de l’avortement subi (j’ai pour ma part frôler le bloc opératoire suite à des effets indésirables et j’ai souffert plus de 2H30 dans le service de soins, ce qui m’a valu un état de stress aigu post traumatique et des semaines pour m’en remettre physiquement et émotionnellement). Par une simple analyse de viabilité, vous économiseriez aux femmes ces souffrances, ces douleurs subies, sans parler des économies financières!
Alors parlons argent puisque à l’heure actuelle c’est bien le nerf de la guerre et l’ultime argument: vous rendez vous compte de l’argent dépensé inutilement? Le coût de tous ces transferts voués à l’échec dès le départ? Le coût de tous ces avortements subis? Le coût de tous examens complémentaires suite à ces épreuves? Imaginez vous les économies que le système pourrait réaliser si vous consentiez à sortir de vos croyances et pensées d’un autre temps? Car oui cette question d’eugénisme est clairement d’un autre temps, et je pense que c’est surtout de la mauvaise foie et une incapacité à revenir sur des principes dessués. De plus il me semble que le principe de prendre en soin n’importe quelle personne quelle que soit son niveau social peut être ébranlé: Les personnes avec assez d’argent peuvent se payer le luxe de partir à l’étranger pour pratiquer une FIV avec analyse des embryons et ainsi aboutir à leurs rêves rapidement; pendant que les couples limités dans leur moyens continuent de se débattre dans le process en France… En terme d’égalité des chances, on repassera.
il est temps également que les médecins remettent en question leur manière de travailler, de considérer leurs patientes. Posez vous réellement la question, honnêtement: Pourquoi est ce que je fais tout cela? Pour aider mes patientes? pour les accompagner? Ou pour faire car on m’a appris à faire comme cela, sans poser de questions, sans remettre en cause les règles (aussi désuètes qu’elles ne soient) Si vous avez encore cette étincelle qui a fait de vous des médecins, remettez tout à zéro et reprenez depuis le début. Nous ne sommes pas un dossiers, nous ne sommes pas un RDV de 10 min, nous ne sommes une consultation à 55 euros, nous ne sommes pas vos cobayes humains. Nous sommes des personnes, nous sommes peut être même vos sœurs, vos mères, nous avons un corps qui nous appartient, pour lequel nous sommes libres de faire des choix, choix qui doivent être éclairés, nous avons une âme, nous avons un passé, nous sommes toutes différentes, nous sommes uniques. Vous l’avez sans doute oublié, il est temps de vous le rappeler. Rappelez vous que nous sommes présentes en salle, consciente, comprenant ce que vous dites, quand vous parlez entre « professionnels »; nous ne sommes peut être pas profanes (et oui je comprends lorsque vous parlez en terme techniques!), nous avons droit à de la considération, nous avons droit au respect, de notre personne et de notre corps. Ne l’oubliez pas, vous courrez à votre perte le cas échéant…
Ecoutez notre colère
Ecoutez notre souffrance, notre douleur
Toutes ces émotions sont justes
Nous sommes juste des femmes qui veulent porter la vie, nous avons mis tous nos espoirs entre vos mains, ne nous décevez pas.
Travaillons main dans la main pour améliorer ce parcours, pour qu’il deviennent un chemin de PMA et non plus un parcours.
Nous pouvons changer les choses si nous le voulons vraiment et si vous acceptez de nous écouter, de nous comprendre et de nous intégrer à vos prises de décisions

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