
Tu ne t’es jamais blotti contre moi, je ne t’ai jamais vu, et pourtant je t’aime. Sans même te connaître, je t’aimais déjà d’un amour inconditionnel.
Je sais que la science me contredira. Tu n’existais pas encore en tant que personne, en tant qu’être humain ; tu n’étais encore qu’un embryon, qu’un amas de cellules. Pourtant, j’ai vu ton cœur battre à l’échographie. J’ai senti ta présence dans mon ventre. J’ai ressenti les signes de toi : mes seins douloureux, les nausées, les dégoûts alimentaires. Je t’imaginais déjà contre moi. Je projetais déjà ma vie avec toi.
Et puis, en une fraction de seconde, on m’a arraché cet amour, cette vie. Quelques mots prononcés par un médecin ont suffi à faire basculer mon monde :
« Ne correspond pas au terme. »
« Le cœur bat trop lentement. »
« Grossesse arrêtée. »
À cet instant, c’est mon propre cœur qui s’est arrêté. Tout l’amour que j’avais pour toi, toute la vie que j’imaginais à tes côtés, se sont envolés en quelques phrases. Une partie de moi a basculé avec toi.
L’injustice de t’avoir perdu me dévore. Moi qui t’aimais déjà, moi qui te sentais déjà… Toi, mon enfant, mon bébé. Car peu importe ce qu’ils en disent : tu n’étais ni un amas de cellules, ni un simple embryon. Tu étais mon enfant. Tu existais déjà pour moi. Tu étais là. Et te perdre a été la douleur la plus atroce que j’aie jamais connue.
C’est un véritable deuil. Le deuil d’un enfant qui n’est pas né. Peut-être le plus cruel de tous, parce qu’il laisse place à toutes les questions, à toutes les culpabilités :
Et si je n’avais pas mangé cela ?
Et si je n’avais pas bu ce café ?
Et si je n’avais pas porté ce sac ?
Peut-être serais-tu encore là, en moi…
Puis il y a ce vide. Ce ventre qui ne porte plus la vie. Ce corps que je perçois comme incapable de te garder, de te protéger, de te nourrir. Cette culpabilité qui grandit en moi et nourrit mon incapacité à accepter la réalité : tu n’es plus là.
Je ne veux pas l’accepter. Comment renoncer à toi ? À toutes ces projections ? À ce bonheur qui me tendait les bras ? À cette presque réalité de devenir maman ?
Et puis il y a la culpabilité envers mon compagnon. Celle de ne pas réussir à lui donner un enfant. Celle de lui imposer cette douleur, cet échec. Je ne suis même pas encore mère, et pourtant j’ai déjà l’impression d’être une mauvaise mère.
Depuis, ce chagrin ne me quitte plus. Le moindre mot, la moindre pensée, me fait fondre en larmes. Comment continuer à vivre avec cette douleur qui me déchire de l’intérieur ?
Le temps fera-t-il son œuvre ? La douleur s’atténuera-t-elle un jour ? J’ose l’espérer.
Mais quoi qu’il arrive, je sais une chose : j’aurai toujours eu un premier enfant. Toi. Je te porterai toujours dans mon cœur et dans mes pensées. Tu vivras à travers moi, à travers ton frère ou ta sœur. Car oui, j’en suis certaine, nous y arriverons un jour. Et nous parlerons de toi, de cet enfant pas encore né mais déjà présent, pas encore vivant mais déjà aimé.
À toi, mon enfant : je t’aime.

Laisser un commentaire